UN VIN DE TERRE LIBRE COMME L’AIR
Un vin de terre
la machine

Un vin de terre ~ La vinification ~ Le triple A

Le triple A

Analyse, agrément, appellation…atchoum1, à vos souhaits !

L’analyse, oui, mais la synthèse, il ne faut pas l’oublier. Car en définitive, ce n’est pas parce qu’un vin a une caractéristique en dehors des normes qu’il est impropre à la consommation. Ainsi, un 1er grand cru classé A de Saint-Emilion dans le millésime 1947, oh combien réputé, n’a-t-il pas produit une bouteille mythique… avec une acidité volatile de 1,13 g, bien au-delà de la limite maximale autorisée et de la norme ?! Mais qui s’en souvient aujourd’hui à part ceux qui ont eu le plaisir de le boire et qui en redemandent !

Pourquoi et comment apprécier un vin « atypique » ? D’abord parce qu’un tel vin a bien souvent plusieurs caractéristiques à l’extérieur des fourchettes et non une seule ; il est donc bien atypique voire unique. Ensuite parce que ce qui compte, c’est l’équilibre et que les extrêmes peuvent se compenser. Enfin, parce que normer le goût de chacun revient à nous cloner et à supprimer notre liberté… d’aimer. Devons-nous admettre ce diktat de la science alors que l’on parle ici de plaisir ? Alors, de grâce, si un vin a un niveau d’alcool élevé, des tanins puissants ou une acidité volatile forte, regardez plutôt s’il n’a pas les trois à la fois, auquel cas vous serez sans doute en face d’un « outstanding or extraordinary wine » (90 à 100/100 chez RP). Et si un autre vous apparaît un peu déséquilibré, demandez-vous si cela ne vaut pas mieux que s’il avait été (plus/mieux) « travaillé »…

Cependant, l’agrément, tel qu’il est en usage en France, nécessite qu’un vin ait des caractéristiques à l’intérieur des normes définies et qu’il ait la typicité de l’appellation qu’il revendique. C’est dommage car beaucoup de vignerons, et parmi les meilleurs, voient leurs vins refusés à l’agrément. Les raisons sont multiples : vin avec du sucre résiduel, avec du gaz carbonique, avec une volatile élevé, vin oxydé, vin atypique,… tout cela parce qu’une œnologie bien pensante ou des générations de vignerons habitués à goûter entre eux et à faire avec certaines techniques et une certaine chimie les mêmes vins ont défini… le vin.

Heureusement que parfois, et j’en ai été témoin, face à un produit atypique, la majorité réussit quand même à faire agréer un vin, oxydé et pétillant, un « blanc-jaune » liquoreux, tout simplement parce qu’il est… bon ! Alors certes, il faut que le produit soit loyal et marchand, il faut qu’il soit sanitairement correct (peut-on dire plus sans aller trop loin ?) sinon, il faut le refuser, ce qui arrive et c’est normal (j’en ai aussi été témoin, notamment lorsque des vins sentent fortement le soufre). Mais après, la typicité est-elle quelque chose d’immuable, historiquement, géographiquement et techniquement ?

Face à cela, comme plusieurs des autres vignerons évoqués ci-avant, nous avons décidé depuis un certain temps de ne plus présenter nos vins à l’agrément pour l’obtention d’une appellation d’origine contrôlée. En fonction de leur terroir et des cépages plantés, nous pourrions revendiquer les appellations : Quarts-de-Chaume, Coteaux-du-Layon Village, Anjou blanc, Anjou-Village (rouge), Rosé ou Cabernet d’Anjou. Mais il est certain que beaucoup de ces vins seraient jugés a-normaux et a-typiques.

Nous élaborons donc trois gammes de vins de rencontre, blancs, jaunes, rosés ou rouges, secs, moelleux ou liquoreux, sans chaptalisation, ni acidification, ni tanisage, ni sulfitage, ni…. Les fermentations sont naturelles via les enzymes, levures et bactéries indigènes. Les élevages sont longs, sous bois ou sous terre et sous verre et la clarification se fait par la seule décantation. Alors, in fine, nos vins sont en appellation « Vin de (bonne) table » jusqu’à plus ample informé… et nous vous invitons à les goûter !

1 Il s’agit bien sûr de l’éternuement provoqué par une forte dose de soufre… et de souffrance!

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Prélèvement d'un échantillon à la pipette… juste pour voir.